06/09/2015 11:47 par Sinfonia
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06/09/2015 11:46 par Sinfonia
06/09/2015 11:44 par Sinfonia
06/09/2015 11:43 par Sinfonia
06/09/2015 11:43 par Sinfonia
27/08/2015 13:01 par Sinfonia
Raquel Tavares
27/08/2015 12:58 par Sinfonia
27/08/2015 12:57 par Sinfonia
De la plus haute fenêtre de ma maison
avec un mouchoir blanc je dis adieu
à mes vers qui partent vers l'humanité.
Et je ne suis ni joyeux ni triste.
Tel est le destin des vers.
Je les ai écrits et je dois les montrer à tous
parce que je n'en puis user différemment,
tout comme la fleur ne peut dissimuler sa couleur,
ni l'arbre dissimuler qu'il fructifie.
Les voilà qui déjà s'éloignent comme en diligence
et moi malgré moi j'éprouve de la peine
comme une douleur dans le corps.
Qui sait qui les lira ?
Qui sait dans quelles mains ils tomberont ?
Fleur, mon destin m'a cueilli pour les yeux.
Arbre, on m'a arraché mes fruits pour les bouches.
Fleuve, le destin de mes eaux était de ne pas rester en moi.
Je me soumets et je me sens presque joyeux,
presque joyeux comme un homme qui se lasse d'être triste.
Allez-vous-en, de moi détachez-vous !
L'arbre passe et se disperse dans la Nature.
La fleur fane et sa poussière dure à jamais.
Le fleuve coule puis il se jette dans la mer et ses eaux restent ses eaux à lui.
Je passe et je demeure, comme l'Univers.
~
XLVIII
Da mais alta janela da minha casa
Com um lenço branco digo adeus
Aos meus versos que partem para a humanidade
E não estou alegre nem triste.
Esse é o destino dos versos.
Escrevi-os e devo mostrá-los a todos
Porque não posso fazer o contrário
Como a flor não pode esconder a cor,
Nem o rio esconder que corre,
Nem a árvore esconder que dá fruto.
Ei-los que vão já longe como que na diligência
E eu sem querer sinto pena
Como uma dor no corpo.
Quem sabe quem os lerá?
Quem sabe a que mãos irão?
Flor, colheu-me o meu destino para os olhos.
Árvore, arrancaram-me os frutos para as bocas.
Rio, o destino da minha água era não ficar em mim.
Submeto-me e sinto-me quase alegre,
Quase alegre como quem se cansa de estar triste.
Ide, ide, de mim!
Passa a árvore e fica dispersa pela Natureza.
Murcha a flor e o seu pó dura sempre.
Corre o rio e entra no mar e a sua água é sempre a que foi sua.
Passo e fico, como o Universo.
Alberto Caeiro / Fernando Pessoa, Le Gardeur de troupeaux et autres poèmes.
