23/05/2014 19:04 par Sinfonia

  • 23/05/2014 19:04 par Sinfonia


23/05/2014 19:04 par Sinfonia

  • 23/05/2014 19:04 par Sinfonia


23/05/2014 19:03 par Sinfonia

  • 23/05/2014 19:03 par Sinfonia


23/05/2014 19:02 par Sinfonia

  • 23/05/2014 19:02 par Sinfonia


23/05/2014 18:57 par Sinfonia

 

Subitement, comme si quelque destin magicien venait de m'opérer d'une cécité ancienne avec des résultats immédiats, je lève la tête, de mon existence anonyme, vers la claire connaissance du mode selon lequel j'existe. Et je vois que tout ce que j'ai fait, tout ce que j'ai pensé, tout ce que j'ai été, n'est qu'une sorte de leurre et de folie. Je suis effaré de tout ce que j'ai réussi à ne pas voir. Je suis dérouté par tout ce que j'ai été et qu'en fait, je le vois aujourd'hui, je ne suis pas.

Je considère, telle une vaste contrée sous un rayon de soleil perçant brusquement à travers les nuages, toute ma vie passée; et je constate, avec une stupeur métaphysique, à quel point mes actes les plus judicieux, mes idées les plus claires, mes projets les plus logiques, n'ont rien été d'autre, en fin de compte, qu'une ivresse congénitale, une folie naturelle, une ignorance totale. Je n'ai même pas joué un rôle: mon rôle, on l'a joué pour moi. Je n'ai pas été non plus l'acteur: je n'ai été que ses gestes.

Tout ce que j'ai fait, pensé ou été, n'est qu'une somme de soumissions, ou bien à un être factice que j'ai cru être moi, parce que j'agissais en partant de lui vers le dehors, ou bien au poids de circonstances que je crus être l'air même que je respirais. Je suis, en cet instant de claire vision, un être soudain solitaire, qui se découvre exilé là où il s'était toujours cru citoyen. Jusqu'au plus intime de ce que j'ai pensé, je n'ai pas été moi.

 

 

~

 

 

De repente, como se um destino médico me houvesse operado de uma cegueira antiga com grandes resultados sùbitos, ergo a cabeça, da minha vida anònima, para o conhecimento claro de como existo. E vejo que tudo quanto tenho feito, tudo quanto tenho pensado, tudo quanto tenho sido, é uma espécie de engano e de loucura.

Maravilho-me do que consegui nao ver. Estranho quanto fui e que vejo que afinal não sou.

Olho, como numa extensão ao sol que rompe nuvens, a minha vida passada; e noto, com um pasmo metafìsico, como todos os meus gestos mais certos, as minhas ideias mais claras, e os meus propòsitos mais lògicos, não foram, afinal, mais que bebedeira nata, loucura natural, grande desconhecimento. Nem sequer representei. Representaram-me. Fui, não o actor, mas os gestos dele.

Tudo quanto tenho feito, pensado, sido, é uma soma de subordinações, ou a um ente falso que julguei meu, por que agi dele para fora, ou de um peso de circûnstancias que supus ser o ar que respirava. Sou, neste momento de ver, um solitàrio sùbito, que se reconhece desterrado onde se encontrou sempre cidadão. No mais ìntimo do que pensei não fui eu.

 

 

 

Bernardo Soares / Fernando Pessoa, Le livre de l'intranquillité, Extrait.


23/05/2014 18:01 par Sinfonia

  • 23/05/2014 18:01 par Sinfonia


23/05/2014 18:00 par Sinfonia

  • 23/05/2014 18:00 par Sinfonia


23/05/2014 18:00 par Sinfonia

  • 23/05/2014 18:00 par Sinfonia


23/05/2014 17:59 par Sinfonia

  • 23/05/2014 17:59 par Sinfonia


23/05/2014 17:58 par Sinfonia

  • 23/05/2014 17:58 par Sinfonia