06/03/2014 23:29 par Sinfonia
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05/03/2014 19:09 par Sinfonia
Je n'ai jamais aimé personne. Ce que j'ai le plus aimé, ce sont mes sensations - états de visualité consciente, impressions d'une ouïe en alerte, parfums qui sont un moyen, pour l'humilité du monde extérieur, de s'adresser à moi, de me parler du passé ( si aisé à se rappeler par les odeurs), c'est-à-dire de me donner plus de réalité, plus d'émotion, que le simple pain en train de cuire, tout au fond de la vieille boulangerie, comme par ce lointain après-midi où je revenais de l'enterrement d'un oncle qui m'avait beaucoup aimé, et où j'éprouvais la douceur d'un vague soulagement, je ne sais trop de quoi.
Telle est ma morale, ou ma métaphysique, autrement dit, tel je suis : le Passant intégral, de tout et de son âme elle-même; je n'appartiens à rien, ne désire rien, ne suis rien - centre abstrait de sensations impersonnelles, miroir sensible tombé au hasard et tourné vers la diversité du monde. Après tout cela, je ne sais si je suis heureux ou malheureux; et cela ne m'importe guère.
Bernardo Soares/ Fernando Pessoa, O livro do desassossego/ Le livre de l'intranquillité, Extrait.
