25/12/2013 11:06 par Sinfonia
25/12/2013 11:06 par Sinfonia
25/12/2013 11:05 par Sinfonia
J'aime entendre les langues, les voix. La musique de l'anglais, haute-basse, tombante, trébuchante. L'énoncé nasillard, un peu monotone du français, sons clairs et consonnes dures. Le glissement doux, murmurant de la langue suédoise. Les liquides, les sons longs du finnois. La musique serpentante du vietnamien, du laotien. La musique volubile de l'espagnol, les doubles consonnes de l'italien. Les sons étranges du piémontais. Les sons très doux, tout de suite brutalisés de la langue arabe. Les chuintements du russe, bruits d'eau, aigus étouffés, graves assourdis. La solennité de fanfare de l'hindi, la grandiloquence du japonais. Toutes ces langues qui parlent, parlent, chacune avec sa bouche, sa gorge, sa glotte, son diaphragme. Chacune pour elle, sans s'écouter, sans se comprendre. Et puis les deux langues les plus belles sans doute, les plus mystérieuses, où la phrase la plus insignifiante, quand vous l'entendez, vous enveloppe et vous fait frissonner comme si elle apportait toute la profondeur de l'existence, toute la connaissance, la musique: le portugais, le nahuatl.
J.M.G Le Clézio, L'inconnu sur la terre, Extrait.
Carlos do Carmo
21/12/2013 10:42 par Sinfonia
21/12/2013 10:38 par Sinfonia
21/12/2013 10:37 par Sinfonia
21/12/2013 10:34 par Sinfonia
Sempre que penso uma coisa, traio-a.
So tendo-a diante de mim devo pensar nela.
Nõa pensando, mas vendo,
Não com o pensamento, mas com os olhos.
Uma coisa que é visivel existe para se ver,
E o que existe para os olhos não tem que existir para o pensamento;
So existe verdadeiramente para o pensamento e não para os olhos.
Olho, e as coisas existem.
Penso e existo so eu.
~
Chaque fois que je pense à une chose, je la trahis.
Ce n'est que lorsque je l'ai devant moi que je dois penser à elle.
En ne pensant pas mais en voyant,
Pas avec la pensée, mais avec les yeux.
[...]
Je regarde et les choses existent.
Je pense et j'existe moi seul.
Alberto Caiero/ Fernando Pessoa, Sempre que penso uma coisa, traio-a.
19/12/2013 19:37 par Sinfonia
19/12/2013 19:36 par Sinfonia
19/12/2013 19:35 par Sinfonia
A sublimidade de desperdiçar uma vida que podia ser util,
De nunca executar uma obra que por força seria bela,
De abandonar a meio caminho a estrada certa da vitoria!
Por que é bela a arte?
Porque é inutil.
Por que é feia a vida?
Porque é toda fins e propositos e intenções.
Todos os seus caminhos são para ir de um ponto para o outro.
Quem nos dera o caminho feito de um lugar donde ninguém parte para um lugar para onde ninguém vai!
A beleza das ruinas? O não servirem jà para nada.
~
Il y a du sublime à gaspiller une vie qui pourrait être utile,
A ne jamais réaliser une oeuvre qui serait forcement belle,
A abandonner à mi-chemin la route assurée du succès.
Pourquoi l'art est-il beau?
Parce qu'il est inutile.
Pourquoi la vie est-elle si laide?
Parce qu'elle est un tissu de buts, de desseins et d'intentions.
Tous ses chemins sont tracés pour aller d'un point à un autre.
Je donnerais beaucoup pour un chemin conduisant d'un lieu d'où personne ne vient vers un lieu où personne ne va.
La beauté des ruines? Celle de ne plus servir à rien.
Fernando Pessoa, Le livre de l'intranquillité, Extrait.
